Mali : Deux anciens Premiers ministres placés sous mandat de dépôt

Auditionné le vendredi 1er août dernier une première fois, l’ancien Premier ministre Choguel Kokalla Maïga avait, une fois de plus, été convoqué le mardi 12 août au Pôle national économique et financier en vue de confrontations avec certains de ses anciens collaborateurs, selon son avocat. Il avait été, le même jour, placé en garde à vue. Après sa garde à vue, il a été présenté, ce mardi 19 août à la chambre d’instruction de la Cour suprême. Le procureur général l’a placé sous mandat de dépôt.

En effet, l’ancien Chef du gouvernement avait été convoqué suite à la publication d’un rapport du Vérificateur général sur la gestion de la Primature concernant les exercices 2021, 2022, 2023 et 2024 (30 novembre). Elle fait suite à une saisine. Dans le rapport, le montant total des irrégularités financières s’élève à 2.068.394.986 de FCFA. Sur ce montant, 6.825.920 de FCFA ont été régularisés à la suite des travaux de vérification et 330.218.000 de FCFA ont été justifiés pendant la séance du contradictoire. Le reliquat des irrégularités financières non justifiées s’élève à 1.731.351.066 de FCFA, selon le rapport.

Il est reproché à l’ancien Premier ministre d’avoir autorisé, à travers des décisions de mandatement signées par le directeur de cabinet, l’exécution de dépenses non éligibles sur le filet social. Il est aussi dit que le directeur administratif et financier de la Primature a irrégulièrement ordonné le paiement de dépenses de souveraineté au Premier ministre dans le cadre de missions à l’intérieur et à l’extérieur du Mali.

Convoqué deux fois au Pôle national économique et financier, il avait été placé en garde à vue en attendant d’être présente à la Cour suprême. Cette mesure de garde à vue a frappé aussi plusieurs de ses anciens collaborateurs, notamment son ancien directeur de cabinet, Professeur Issiaka Singaré et trois anciens directeurs administratifs et financiers de la Primature.

Après une garde à vue qui a duré du 12 au 19 août, l’ancien Chef du gouvernement a été présenté, ce mardi 19 août à la chambre d’instruction de la Cour suprême. Celle-ci lui a notifié les faits d’atteinte aux biens publics que lui reproche le réquisitoire du procureur général et a décidé de le placer sous mandat de dépôt, selon son avocat Me Cheick Oumar Konaré.

D’après lui, Dr Choguel Kokalla Maïga conteste les faits qui lui sont reprochés, se dit serein et estime qu’un homme politique doit s’attendre à tout, y compris la prison et la mort.

Auparavant, c’est un autre ancien Premier ministre, Moussa Mara, qui avait été placé sous mandat de dépôt. Après plusieurs jours et des séquences d’audition par la justice, Moussa Mara a été finalement placé sous mandat de dépôt le vendredi 1er août dernier par le procureur du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité.

Moussa Mara est poursuivi pour plusieurs infractions présumées. Il s’agit des délits « d’atteinte au crédit de l’Etat », « d’opposition à l’autorité légitime », « d’incitation au trouble à l’ordre public », de « publication et diffusion de nouvelles fausses mensongèrement attribuées à des tiers faits de mauvaise foi susceptible de troubler la paix publique », selon son avocat Me Mountaga Tall sur son compte X ex-Twitter.

D’après lui, ces infractions présumées sont en lien avec un tweet de son client en date du 4 juillet dernier dans lequel il apporte son soutien à certains acteurs politiques et de la société civile en conflit avec la loi, qu’il qualifie de « prisonniers d’opinion ». Il s’agit, entre autres, de Adama Ben Diarra dit Ben le Cerveau, Mme Rokiatou Doumbia dite Rose vie chère, Issa Kaou N’Djim, Clément Dembélé, l’imam Bandiougou Traoré, Youssouf Mohamed Bathily dit Ras Bath. Dans le tweet incriminé, l’ancien Premier ministre explique avoir entrepris des démarches régulièrement pour signifier toute sa solidarité à l’endroit des détenus. Des efforts qu’il souligne avoir poursuivis auprès des familles respectives de ces acteurs de la vie publique malienne « pour que jamais ne s’éteigne en eux la flamme de l’espoir ». Moussa Mara a terminé son texte en disant :« aussi longtemps que dure la nuit, le soleil finira évidemment par apparaitre. Et nous nous battrons par tous les moyens pour que cela arrive et le plus tôt possible ».

A. Sanogo