Fin des subventions de l’Etat à l’enseignement catholique : Une vingtaine d’écoles suspendues

Cette mesure, oblige désormais les écoles catholiques à s’autofinancer intégralement.

L’enseignement catholique est l’un des piliers de l’éducation nationale. Sa contribution à l’offre d’éducation et de formation au Mali couvre tous les ordres d’enseignement, du préscolaire au supérieur. Son importance dans le système éducatif malien n’est plus à démontrer. De nombreux cadres de l’administration sont passés par là et l’enseignement catholique continue à bénéficier de la confiance des parents d’élèves à cause du sérieux et de la qualité de sa formation.

Historiquement, les écoles catholiques, réparties à travers les campagnes et les villes du Mali, bénéficiaient d’une subvention étatique qui couvrait environ 80% des salaires des enseignants, alignés sur ceux de la fonction publique. Après 83 ans (1889-1972) de soutien à l’Etat dans l’éducation des enfants maliens, l’Eglise a signé une convention avec l’Etat en 1972. Une convention qui alloue à l’Eglise, une subvention de 80% de la masse salariale des enseignants debout dans les classes. Ce qui permettait aux enseignants de l’Enseignement catholique de bénéficier du même traitement salarial que leurs homologues du public. Cette aide permettait aussi de maintenir des frais de scolarité abordables, fixés en fonction des revenus des parents, dans un esprit de mission sociale plutôt que lucrative. Cependant, la suppression brutale de cette subvention a plongé les établissements dans une situation financière critique.

« Les changements rapides comme celui-ci, ne sont pas faciles à gérer, surtout dans le domaine de l’éducation », a expliqué l’Abbé Edmond Dembélé, directeur national de l’Enseignement catholique.  

Grèves récurrentes des enseignants

Les trois dernières années ont été marquées par des grèves récurrentes des enseignants, dues à des retards de salaires et à l’incapacité des diocèses à couvrir les charges sociales, comme les allocations familiales. Ces perturbations ont aggravé les déficits financiers, rendant la gestion des écoles encore plus complexe. Face à ces contraintes, plusieurs diocèses, notamment ceux de San, Mopti, Sikasso et Bamako, ont décidé de suspendre les activités pédagogiques de certaines écoles pour une durée d’un an. Au total, une vingtaine d’établissements sur les 138 que compte l’enseignement catholique au Mali sont concernés, dont sept dans les diocèses de Sikasso, San (deux écoles) et Mopti (deux écoles), ainsi qu’une dizaine à Bamako, principalement des établissements secondaires aux charges élevées. Il s’agit du lycée Prosper Kamara, le lycée Notre-Dame du Niger, l’école Jean Paul II, la mission catholique de Ouéléssébougou et le centre technique de Kolokani. 

« Il ne s’agit pas de fermeture définitive, mais de suspensions temporaires », a tenu à préciser le directeur, rectifiant ainsi certaines informations relayées par les médias. Cette pause vise à permettre une réflexion approfondie pour restructurer le fonctionnement des écoles et éviter de nouveaux déficits. L’objectif est de redémarrer ces établissements sur des bases financières plus solides. La fin de la subvention a également des répercussions sur les enseignants. Pour adapter les charges salariales aux nouvelles réalités financières, l’enseignement catholique a décidé de procéder à un licenciement général, suivi d’une réembauche sous de nouveaux contrats, plus en adéquation avec les capacités financières des diocèses. « Maintenir les salaires actuels reviendrait à multiplier par quatre ou cinq, les frais de scolarité, ce qui est impensable pour les parents », a indiqué l’Abbé Edmond Dembélé. Par exemple, dans certaines écoles rurales, les frais de scolarité actuellement compris entre 25.000 et 50.000 FCFA, pourraient atteindre 500.000 FCFA, rendant l’accès à l’éducation impossible pour de nombreux enfants.

Pour les élèves, la suspension des activités dans une vingtaine d’écoles risque de provoquer des perturbations. Les autorités éducatives, en collaboration avec la conférence épiscopale, travaillent à la prise en charge des élèves concernés pour assurer la continuité de leur scolarité. « L’impact est mesuré, mais nous n’avons pas le choix. Nous ne pouvons pas continuer à employer des enseignants que nous ne pouvons pas payer », a souligné le directeur national de l’Enseignement catholique.

Malgré la fin de la subvention, un nouveau protocole d’accord a été signé en septembre 2024 entre l’enseignement catholique et le gouvernement, prévoyant un accompagnement transitoire pour l’année écoulée. Une nouvelle convention, sans aide financière, a également été établie, maintenant les relations de collaboration avec les autorités éducatives. « Le dialogue avec l’État reste ouvert et les relations sont bonnes », a assuré l’Abbé Edmond Dembélé.

Il a tenu à rassurer les parents d’élèves que la majorité des écoles catholiques (plus d’une centaine) continueront de fonctionner normalement. Il a également réaffirmé l’engagement de l’enseignement catholique à maintenir, voire renforcer, la qualité de l’éducation proposée, malgré les défis financiers. Pour les parents d’élèves des écoles concernées par la suspension, des solutions seront recherchées en partenariat avec le gouvernement. « Nous encourageons les élèves à rester calmes et à se préparer pour la rentrée. Ces mesures, bien que difficiles, sont indépendantes de notre volonté », a conclu le directeur national de l’enseignement catholique.

A. Traoré